Jean-Michel Mathé, directeur du Festival de musique de Besançon

septembre 2019 # INTERVIEW JEAN-MICHEL MATHÉ # Festival international de musique

Le Festival international de musique de Besançon Franche-Comté est l’un des plus anciens festivals de musique classique en France et l’un des plus renommés grâce à son Concours international de jeunes chefs d’orchestre qui a lieu tous les deux ans. Ce dernier a notamment couronné le célèbre chef d’orchestre japonais Seiji OZAWA âgé alors de 24 ans.

Le Festival est administré par une association actuellement présidée par Myriam GRANDMOTTET et dirigé depuis 2012 par Jean-Michel MATHÉ.


Festival international de musique de besançon
CONCERT du Jeune orchestre symphonique du conservatoire
Jeudi 19 septembre 2019
18h30 – Grand Kursaal de Besançon
Accès libre –  sur réservation

INTERVIEW
de Jean-Michel MATHÉ
directeur du Festival international de musique de Besançon

 

Pouvez-vous nous présenter un rapide historique de ce festival qui a bientôt 70 ans ?

Le Festival international de musique de Besançon est né en 1948. Ce festival, comme ceux d’Aix en Provence, de Strasbourg fait partie du boom culturel d’après-guerre. Le festival de musique de Besançon a été créé, comme de nombreux festivals de musique, à l’initiative d’un musicien – Gaston POULET.

L’histoire raconte qu’un de ses amis musiciens lui aurait dit, du haut la Citadelle : « Qu’est-ce que c’est beau Besançon… aussi beau que Salzbourg ! – Pourquoi ne ferions-nous pas un Festival de musique comme celui de Salzbourg, mais à Besançon? »

Gaston POULET, chef d’orchestre, avait un colossal réseau d’amis musiciens. Il a donc rapidement monté ce festival de musique classique avec la particularité d’avoir fait une place de choix à la musique symphonique. Ce festival fonctionnait grâce au bénévolat et à l’implication de grandes familles mélomanes bisontines qui, entre autre, recevaient les artistes chez eux lors de dîners.

En 1951, Emile VUILLERMOZ, compositeur et critique musical, rajoute une particularité au festival avec le concours de chef d’orchestre qui répond à un manque cruel à l’époque. Il organise une section professionnelle et une section amateur qui disparaitra par la suite.

Dès ses origines ce Festival a établi un lien fort avec la création. Avec la venue de compositeurs tels qu’Henri DUTILLEUX, Arthur HONEGGER, Franck MARTIN et bien d’autres encore qui sont venus diriger ou répondre à une commande de création.

Il y a eu par exemple la première audition de l’œuvre « Chronochromie » d’Olivier MESSIAEN en 1961 avec l’Orchestre national de la RTF au Théâtre musical de Besançon. Une première présentation de cette œuvre qui a fait scandale à l’époque.

Une étape importante du développement fut de « sortir de Besançon ». Pour certains cela a marqué la fin de l’essence même du Festival. Si le Festival reste à 95% positionné sur Besançon, les concerts « hors les murs » sont donnés aussi bien dans de grandes salles de concert en région que dans des lieux patrimoniaux.

Le Festival a évolué avec les années et s’est professionnalisé. Le comité d’organisation a salarié une, puis deux personnes. La Ville, le Ministère du Tourisme… ont repris le relais du mécénat, toujours bien présent, mais qui était bien plus important dans les années 50. Aujourd’hui c’est l’État, la Région Bourgogne Franche-Comté, le Conseil départemental du Doubs et d’autres institutions qui subventionnent l’événement.

 

Et vous, depuis quand êtes-vous à la direction de cet événement ? Quelle touche « personnelle » lui avez-vous donnée ?

Je suis directeur de ce Festival depuis 2012. Je succède à plusieurs directeurs dont David Olivera qui ont professionnalisé le Festival et ont amené leur touche artistique personnelle, comme l’ouverture aux Musiques du monde, plus récemment au Jazz. Il y a eu une époque où il y avait un concours de Musique de film mais celui-ci a disparu. Dans d’autre temps le Festival programmait une cérémonie d’ouverture avec de la Musique militaire, montée de drapeau et discours officiel sur la Place du 8 septembre. .. Certaines expériences ont disparu, d’autres ont été apportées, comme le grand concert symphonique d’ouverture, gratuit et ouvert à tous, qui existe depuis 12 ans.

Rendre la Musique classique accessible au plus grand nombre fait indéniablement partie de ma mission actuelle.

 

Le Festival est né dans les années 50. Est-ce que ce défi fait partie de la politique de décentralisation de l’époque?

« L’explosion » du nombre de festivals en France est arrivée plus tard, plutôt dans les années Jack LANG, les années 80, voire même à la fin des années 70 avec le développement du tourisme et de la culture. Le nombre de festivals s’est fortement amplifié. Les festivals qui ont su durer, ont montré qu’ils ne se limitaient pas à une attraction touristique mais qu’ils avaient bien un rôle important de découverte des émergences musicales, de révélation de jeunes talents, de l’ouverture à la Musique contemporaine, de la défense des Musiques de répertoire, mais aussi du travail de coopération entre territoires avec l’échange avec les écoles de musique, les conservatoires, les établissements scolaires, les associations culturelles, les structures de diffusion…

Quand je suis arrivé en 2012, j’avoue que je ne connaissais ni Besançon ni le festival… à peine le concours. J’ai mis un peu de temps à découvrir le projet. Puis avec l’équipe, le conseil d’administration et les partenaires nous avons structuré et développé le projet et j’y ai apporté ma patte.

  • J’ai effectué un recentrage du pilotage de la direction artistique,
  • Sur la présence en région, nous avons diminué le nombre de concerts mais nous avons donné des concerts plus emblématiques. On propose 4 à 5 concerts symboliques qui reflètent l’âme du Festival avec de grandes formations pour le répertoire du 19e, 20e et 21e siècles.
  • Les Musiques du monde ont été recentrées et déplacées du « Magic Miror » au Petit Kursaal et à La Rodia (SMAC).
  • On a créé une scène régionale de Jazz avec un piano-bar, style club de Jazz avec entrée libre… un lieu très ouvert, dans l’idée de créer un lieu convivial pour croiser les publics.

Voilà les quelques évolutions menées depuis mon arrivée.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le Festival et son rapport à la Musique contemporaine ?

Il y a eu une époque où le Festival passait des commandes. Il y avait même en alternance avec le concours de chef d’orchestre, un concours de composition qui a été finalement remplacé par la résidence de compositeur. Ce qui est plutôt rare en France !

On s’associe à un compositeur pour une durée de 2 ans. Le Festival lui commande une œuvre symphonique qui est créée pour le concours. Je programme ses œuvres lors de deux festivals (entre 5 et 10 oeuvres par festival, c’est important). Le troisième volet est le travail pédagogique mené avec les conservatoires de la région, les lycées… On organise des rencontres, des master-classes… pour sensibiliser, faire découvrir la Musique classique, donner des clefs de compréhension pour écouter cette musique. Pour la découverte de la Musique contemporaine, j’ai davantage axé sur des compositeurs qui ont un langage plus accessible, moins expérimental, dans la lignée néo-classique de MESSIAEN, POULENC, DUTILLEUX… Ce qui facilite l’approche pédagogique!

 

L’idée d’accueillir une formation telle que le jeune orchestre symphonique du Conservatoire dans la programmation fait partie de cette « ligne de conduite » ?

Tout à fait ! Si notre Festival est international, et n’est pas dédié aux pratiques amateurs, il y a cependant parfois des passerelles.

Ce projet rentre dans le travail de résidence artistique. Il y a eu des rencontres et des master-classes entre le compositeur actuel en résidence, Eric TANGUY et les élèves du Conservatoire. Puis Eric SCREVE, le directeur du Conservatoire, a accepté de faire travailler par ses étudiants musiciens une des pièces d’Eric TANGUY. C’est une pièce difficile mais les étudiants jouent le jeu à 100%. Le compositeur est venu encadrer une répétition de l’orchestre symphonique du Conservatoire en juin et continue à travailler avec eux pour la rentrée. En participant à ce projet, nous donnons à ces jeunes apprentis musiciens l’opportunité de rencontrer un compositeur, mais aussi le public du Festival.

Par ailleurs on a une série « AFTER WORK » dans le Festival qui permet d’intégrer et d’identifier ce genre de projet (concert plus court, programmé vers 18h et moins cher que le concert plus long de 20h). Les concerts AFTER WORK sont gratuits ou à 6 euros l’entrée… Cette démarche s’inscrit dans une ouverture à tous les publics.

 

Quelle est la renommée de ce Festival ?

Comme tous les festivals, il y a une différence entre l’image de marque et son bassin de public. Notre bassin de public est local (Besançon, Grand Besançon et région). Mais sa notoriété est nationale. Et pour le concours de chef d’orchestre la notoriété est vraiment internationale. On continue à faire des pré-sélections à Berlin, Montréal, Pékin… ça n’est pas rien ! Dans le milieu de la musique ce Festival est connu et reconnu à travers le monde entier pour le Concours de chef d’orchestre.

Il faut préciser que notre concours de chef d’orchestre est très particulier.
Les concours de chef d’orchestre ne sont pas nombreux. Et nous sommes les seuls à sélectionner sur des auditions en réel (les autres font les pré-sélections sur vidéo, et dossier) … et on ouvre à tous ! Donc il y a 60 heures de pré-sélections, on voit 300 chefs d’orchestre et ils passent tous dans les mêmes conditions.
C’est très lourd à organiser, mais cela permet vraiment de détecter des talents que nous ne verrions pas – hors des sentiers battus –.

Avez-vous un petit favori pour le concours de cette année?

J’ai mon pronostic, mais que je ne peux, bien évidemment, partagé !


+ INFOS:
CONCERT Jeune Orchestre Symphonique du Conservatoire Festival de musique de Besançon
INTERVIEW ERIC SCRÈVE
BIOGRAPHIE ERIC TANGUY

FESTIVAL INTERNATIONAL DE MUSIQUE
Besançon Franche-Comté
Du 6 au 21 septembre 2019

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