création MUSIQUES NOUVELLES

juin 2019 # ciné-concert au Théâtre de l’Espace

vendredi 14.06.2019 // CINE-CONCERT
film: « L’Inconnu » de Tod Browning
musique: atelier Musiques nouvelles du Conservatoire
20h30 // Théâtre de L’Espace – entrée libre


Les ateliers de MUSIQUES NOUVELLES
au Conservatoire du Grand Besançon

COORDINATEURS DU PROJET
Szuhwa Wu enseignante en violon
Sophie Paul-Magnien enseignante en violoncelle
Maxime Springer enseignant en piano


INTERVIEW

de Szuhwa WU et Sophie PAUL-MAGNIEN
enseignantes & artistes

par Stéphane BIGOT
responsable de l’Action culturelle

 

Quelles furent vos motivations pour proposer ces ateliers de Musiques nouvelles, qui existent depuis trois saisons ?
Et qu’entendez-vous par Musiques nouvelles ?

Nous avions tous les trois cette idée dans un petit coin de notre tête depuis un petit bout de temps, car nous pratiquons personnellement ce répertoire dans différents ensembles professionnels. Nous avions envie de transmettre nos expériences, nos vécus à nos élèves – étudiants.

On fait découvrir et on joue des pièces du répertoire de 1945 à nos jours. C’est un répertoire peu visible dans les conservatoires. Nous fonctionnons par session et par thématique, cela permet aux élèves d’avoir un éclairage spécifique sur un moment de l’histoire de la musique comme la Seconde école de Vienne qui a été le fondement de la musique contemporaine. Nous avons travaillé sur les compositeurs français, sur les compositeurs présents lors des cours d’été de Darmstadt (festival de musique contemporaine de renommée mondiale). Nous avons également abordé la notion de théâtre musical et l’interprétation de pièces écrites.

Et là, grande nouveauté pour cette saison, nous jouons en ce moment, non pas une œuvre écrite, mais nous créons notre propre musique, de la musique pour un film…

Dans l’idée de créer un atelier de musiques nouvelles, nous souhaitions créer un espace permanent de création au sein du Conservatoire pour cette musique souvent étiquetée de musique intellectuelle, difficile à interpréter et à jouer et encore plus difficile à faire passer auprès d’un public. Notre démarche se base sur la pédagogie de projet : les enseignants accompagnent les élèves dans leur cheminement de découverte et de recherche de leur propre voie dans cette musique-là. 

Il y a vraiment une notion de laboratoire, où les étudiants jouent, analysent et échangent sur les intentions des compositeurs. Ils cherchent des sons, des nouvelles expressions. Ils décortiquent la musique suivant tous les paramètres qu’ils ont acquis : Qu’est-ce qu’un son ? Une note ? Qu’est-ce qu’est une nuance ? Un phrasé ? Ils mettent tout à plat pour tout recréer de façon personnelle et très consciente.

Cet espace de création et d’accompagnement est très rare dans un Conservatoire. Cela permet d’avoir un accompagnement personnalisé pour chaque élève dans sa recherche de création et de développement artistiques.

 

C’est alors un complément à l’enseignement plus « traditionnel ».
Est-ce que ces deux types d’enseignement se rejoignent, se croisent ?

On ne dissocie pas. On n’abandonne rien. On complète. La pratique de différentes esthétiques fait qu’elles s’enrichissent mutuellement.

Pratiquer différentes esthétiques musicales est toujours très nourrissant. Quand on a décortiqué une époque, un style, cela nous permet d’avoir une autre lecture de Mozart ou d’autres pièces classiques. On cherche à stimuler, développer et aiguiser une démarche artistique personnelle, la rendre pleinement consciente.

 

Ces ateliers sont dédiés aux grands élèves, des niveaux plutôt avancés ?
C’est une véritable découverte pour eux ? Le répertoire, ces nouveaux champs…
Ont-ils eux-mêmes une appréhension envers cette musique dite élitiste ?

Oui, ça s’adresse plutôt aux élèves en 3e cycle, ceux qui ont déjà une pratique instrumentale avancée. Ils ont au minimum 10 ans de travail à leur actif !

C’est effectivement bien souvent une découverte, une première pour eux ! Dans un Conservatoire on apprend d’abord à jouer d’un instrument, qui a déjà à lui seul sa propre histoire. Il y a alors transmission d’un vaste répertoire.

Les ateliers permettent de passer plus de temps à décortiquer, fouiller et remuer un répertoire et de respecter l’envie de création et la sensibilité de chacun. Ces ateliers permettent « d’éclairer » l’œuvre, en donner les clefs de compréhension.

 

Lorsque vous avez proposé ces ateliers aux étudiants, cela a suscité une certaine appréhension de leur part?

Beaucoup s’adressent à nous en début d’année par curiosité, sans savoir dans quelle aventure ils s’engagent. En même temps, on change de thématique chaque année, c’est sans cesse nouveau. Une fois qu’ils sont inscrits, on revient souvent vers eux pour savoir comment ils vivent cette expérience. C’est extrêmement riche.

C’est souvent une bonne surprise en début d’année, lorsque l’on donne à un élève une partition à travailler avec des sons nouveaux à produire. Souvent la première réaction de l’élève est « Ah, c’est ce que je n’ai pas le droit de faire normalement ! ». Et il commence à expérimenter peu à peu, à mettre une intention, à chercher, à échouer, recommencer, exprimer… et finit par créer sa propre musique. C’est une progression incroyable. Il se libère totalement, non seulement par l’interprétation de ce qu’il produit en matière de son, mais aussi de l’attitude, du geste…. L’élève finit par s’affirmer en tant que créateur !

 

Ces ateliers ont accueilli depuis ces 3 dernières années des artistes extérieurs au CRR. Qu’est-ce qui motive le fait d’aller chercher ces forces vives?

C’est essentiel ! Nos élèves doivent être en contact avec des créateurs actifs tels que des compositeurs, arrangeurs, interprètes… Il s’agit de musiques nouvelles, de musiques vivantes, de musiques qui émergent aujourd’hui même.

Ces artistes, travaillant quotidiennement sur ce sujet, sont présents au Conservatoire pour également parler de leur engagement, de leur parcours, de leurs recherches, de leurs convictions, de leur imaginaire qu’ils ont mis des années et des années à construire. Cela permet de donner des inspirations aux jeunes musiciens, des « guides », des « référents » supplémentaires.

 

Votre représentation publique a lieu le 14 juin au Théâtre des 2Scènes, vous êtes accompagnés sur ce projet par Anaïs Moreau ? Pourquoi elle ?
Pourquoi avoir choisi le film en noir & blanc « L’inconnu » de Tod Browning ?
Expliquez-nous un peu votre recette sur ces séances de travail sans partition ?

On a mis les élèves dans une situation nouvelle de création musicale. On leur a proposé de s’appuyer sur des images. On a choisi le film de Tod Browning dont les images ont un pouvoir expressif énorme. C’est une histoire d’amour, passionnée et folle, avec plein de rebondissements… des drôles de choses, parfois ironiques et aussi parfois carrément terribles. L’image a un pouvoir émotionnel énorme.

C’est une situation nouvelle pour les élèves de partir de l’image pour créer un univers sonore. Le film dure plus de 50 minutes, c’est donc un sacré challenge que nous nous sommes donné! On a fait appel à Anaïs Moreau, qui est improvisatrice et qui a beaucoup travaillé sur des projets pluridisciplinaires et sur le rapport image/son. Elle est donc porteuse d’idée pour construire ce monde sonore.

On part de la matière première que fourni les élèves qui vont puiser, dans un premier temps, ce qu’ils connaissent, pour ensuite remettre en cause, réinterroger, modifier, développer, exprimer suivant leur sensibilité, leur curiosité… Les deux seules choses que nous avons imposées, en tant qu’enseignant dans ce projet, sont le découpage du film en séquences et la répartition des séquences aux musiciens ou groupe de musiciens, puisque nous nous sommes associés avec un orchestre à cordes (fin de collège, lycée) et des élèves de la classe de percussions du Conservatoire.

Le film est un médium incroyable pour porter les choses. On peut visionner 10 fois une même séquence de 1 minute et découvrir à chaque fois d’autres éléments pour interpréter différemment. On laisse de la place à chacun. On échange, on analyse les ressorts de la dramaturgie filmique et sonore. C’est très riche. On réfléchit énormément, on affine nos arguments, notre propre dramaturgie qui doit accompagner celle développée par le réalisateur.

En temps normal, notre rôle d’enseignant est de faire découvrir un répertoire. Dans ces ateliers, notre rôle est différent. On a davantage une fonction de coach. On guide, on créée de l’harmonie, de l’équilibre pour que chacun trouve sa place au sein de cet ensemble. On a de la chance d’avoir des élèves qui viennent d’horizons très différents (certains issus du domaine classique, d’autres des musiques actuelles, il y a un compositeur, des élèves qui connaissent l’improvisation, d’autres pas du tout).

 

Le fait de jouer au Théâtre de l’Espace (scène nationale)…  Est-ce que cela fait sens pour les étudiants ?

Ce projet va être accueilli sur un plateau, une scène rendue vivante par la présence d’artistes professionnels, tout au long des saisons… C’est au tour de nos « appentis artistes », élèves du Conservatoire ! Un goût de leur futur métier ?

 

Un dernier mot ?

Ce film est peu diffusé, il y aura 50 musiciens au plateau … boostés par une expérience humaine indiscutable autour de la création et l’improvisation. Je pense que cela va être vraiment génial, surprenant et émouvant.
Il faut venir avec nous partager toutes ces émotions !

 


vendredi 14.06.2019 // CINE-CONCERT
film: « L’Inconnu » de Tod Browning
musique: atelier Musiques nouvelles du Conservatoire
20h30 // Théâtre de L’Espace – entrée libre